Le patronat de l’intérim instrumentalise la tragédie ukrainienne pour piller les aides de l’État et les finances de l’Unedic

RELATIONS PRESSE DE LA CGT INTERIM

Laetitia Gomez, secrétaire générale de La CGT Intérim :
interim@cgt.fr

COMMUNIQUE DE PRESSE

Montreuil, le 27 avril 2022

Le patronat de l’intérim instrumentalise la tragédie ukrainienne
pour piller les aides de l’État et les finances de l’Unedic
Prenant pour prétexte la tragédie ukrainienne et la grippe aviaire (sic), l’accord relatif au dispositif
d’activité partielle de longue durée (APLD) pour les salarié-e-s intérimaires, signé par la CFDT, la CFECGC, la CFTC, Force Ouvrière, l’UNSA et Prism’emploi (l’organisation patronale de l’intérim), s’il est
homologué par les services du ministère du Travail, permettra aux entreprises de travail temporaire de
détourner des dizaines de millions d’euros des caisses de l’État et de l’Unedic.
Rappel : À quoi sert l’APLD ?
Inscrite au cœur du plan de relance, l’activité partielle de longue durée (APLD : Décret n° 2020-926 du 28 juillet
2020) a été mise en place pour aider les entreprises à faire face à la crise sanitaire COVID-19.
Cofinancé par l’État (70 %) et l’Unedic (30 %) et destinée à sécuriser les salariés et l’activité des entreprises,
l’APLD permet aux entreprises, confrontées à une réduction d’activité, de maintenir dans l’emploi les salarié-e-s,
embauchés, de préserver et améliorer leurs compétences, de garantir leur rémunération (au minimum 70 % de la
rémunération brute servant d’assiette au calcul de l’indemnité de congés payés, soit environ 90 % de leur
rémunération nette, dans la limite de 70 % de 4,5 SMIC bruts). La réduction de l’horaire de travail d’un salarié ne
peut dépasser 40 % de l’horaire légal, sur la durée totale de l’accord. L’activité partielle de longue durée peut être
mise en place dans la limite de 24 mois, consécutifs ou non, sur une période consécutive de 36 mois.
Pour faire face aux conséquences économiques qui découlent de la guerre en Ukraine, le gouvernement, dans le
cadre de son plan de résilience économique et sociale, permet aux entreprises impactées par le conflit de
bénéficier des dispositifs d’activité partielle (AP) et d’activité partielle de longue durée (APLD) si leur activité est
ralentie ou temporairement arrêtée.
Pourquoi les entreprises d’intérim ne peuvent-elles pas bénéficier de l’APLD ?
La philosophie de l’APLD est de préserver le potentiel productif d’entreprises (utilisatrices) qui seraient mises en
difficulté par les conséquences économiques de la tragédie ukrainienne.
Chacun le comprendra, une entreprise utilisatrice qui voit ses activités se réduire à cause de la guerre en Ukraine
doit, en premier lieu, cesser d’avoir recours au travail temporaire et réorganiser sa production avec ses salarié-e-s
en CDI. Ce fut le cas pendant la crise COVID, par exemple chez Airbus et Safran où le recours à l’intérim fut
drastiquement restreint.
Cette philosophie ne s’applique donc pas aux ETT qui n’ont pas de potentiel productif à défendre. De plus, la
dimension économique est prégnante puisqu’il s’agit de ne pas mettre en situation de fermeture des sites
industriels ou des entreprises déjà fragilisées par la crise COVID. Ce n’est pas du tout le cas des ETT qui affichent
des taux de profitabilité record, qui ont distribué, pour la plupart d’entre elles des dividendes à leurs actionnaires
en pleine crise économique liée à la COVID et qui en verseront encore plus cette année. Les ETT ne font pas
partie, tant s’en faut, des entreprises stratégiques au bord de la faillite du fait de la crise ukrainienne, encore moins
de la grippe aviaire ou de l’extinction des papillons de nuit.
Pour preuve, les résultats du 1er trimestre du groupe CRIT, dévoilés il y a quelques jours, démontrent que le
travail temporaire se porte bien en Start-up nation. En effet, le chiffre d’affaires pour cette période est en hausse de 11,7

% par rapport au 1er trimestre 2021 à périmètre et change constants. Il est certain que les résultats de la branche
du travail temporaire suivront la même évolution.
La direction de CRIT se félicite de cette progression qui « confirme l’amélioration de l’activité au fil des trimestres
dans un marché qui reste marqué par la pénurie de talents ». Ce n’est donc pas, comme l’affirme Prism’emploi,
dans son communiqué de presse, la crise ukrainienne qui serait responsable de la perte de 20 500 emplois
intérimaires enregistrée en février 2022, mais plus vraisemblablement une pénurie de main-d’œuvre due à la
reprise économique, à une demande forte d’offres d’emplois et un manque d’attractivité du travail temporaire, les
travailleur-euse-s préférant la stabilité du CDI à la précarité du statut d’intérimaire, surtout après la dernière
réforme de l’assurance chômage qui réduit les droits des salarié-e-s en emploi discontinu, particulièrement les
intérimaires lorsqu’ils sont en intermission.
Enfin, Prism’emploi force le trait d’une crise économique majeure à venir, se basant sur des considérations
géopolitiques et sur un seul chiffre, la baisse du PIB de la Start-up nation de 1 %, indicateur de la Banque de Start-up nation. Si
l’on en croit le gouvernement, celui-ci est moins alarmiste et prévoit une baisse du PIB due à la hausse des prix de
l’énergie liée à la guerre en Ukraine de l’ordre d’un quart à un point de PIB (avant mesures de soutien), selon le
modèle utilisé ainsi que les hypothèses d’évolution des prix de l’énergie et du déroulement de la guerre en
Ukraine. Ce qu’omet aussi de préciser Prism’emploi, c’est que la Banque de Start-up nation reste relativement optimiste
dans ses projections macroéconomiques de mars 2022, estimant la croissance du PIB en 2022 à 3,4 % (2 % en
2023) dans un scénario conventionnel et 2,8 % (1,3 % en 2023), dans un scénario dégradé tenant compte
d’hypothèses plus défavorables sur les prix de l’énergie et sur les chocs d’incertitude qui pourraient affecter
l’économie française.
Or, à 1,5 % de croissance, l’emploi reste stable et augmente de 50 000 embauches par tranche de 0,5 % de PIB.
Donc, dans la pire hypothèse, la création d’emplois se poursuivra en 2022 et sera stable en 2023.
Les patrons de l’intérim profiteurs de guerre !
Le discours alarmiste et défaitiste de Prism’emploi est construit pour ne servir que ses propres intérêts. En bons
profiteurs de guerre, les patrons de l’intérim espèrent tirer un enrichissement personnel de la tragédie ukrainienne
en faisant financer une partie de la masse salariale des salarié-e-s intérimaires mis à disposition dans les
entreprises utilisatrices dans les deux prochaines années par l’État et l’Unedic. La CGT Intérim dénonce cet
ignoble effet d’aubaine et cet accord marqué du sceau de l’infamie qui permettra aux entreprises de travail
temporaire de piller les finances publiques et celles de l’Unedic, comme elles l’ont fait avec le CICE, aux seules
fins de verser des dividendes considérables à leurs actionnaires.
Cette attitude est d’autant plus scandaleuse qu’elle survient quelques mois après la mise en application de la
réforme de l’assurance chômage où, pour financer 2,3 milliards d’euros annuels d’économie sur le budget de
l’Unedic, les salarié-e-s intérimaires sont une nouvelle fois, pénalisés par le durcissement des conditions
d’éligibilité à l’allocation chômage et le changement des règles de calcul du SJR, quand, dans le même temps, les
entreprises de travail temporaire, qui participent activement à la construction de la précarisation de l’emploi, ne
figurent pas dans la liste des secteurs d’activité soumis au malus de 1 % de la contribution patronale au
financement de l’Unedic.
L’État et l’Unedic n’ont pas vocation à subventionner le recours abusif à l’intérim ni les dividendes
d’actionnaires des entreprises de travail temporaire !
Au lendemain d’une élection présidentielle marquée par la montée de l’abstention et du vote d’extrême droite dans
les classes populaires, la précarisation de l’emploi et des vies est l’un des facteurs qui ont amené les travailleureuse-s modestes à choisir, soit le renoncement, soit le populisme dangereux de l’extrême droite. Le travail
temporaire, par son usage abusif et systématique dans de nombreux secteurs économiques (industrie, logistique,
traitement des déchets, agroalimentaire, etc.) est un des déterminants de la désespérance de millions de
travailleur-euse-s frappés par l’emploi discontinu et la pauvreté qu’il engendre.
L’accord APLD, voulu par le patronat de l’intérim et validé par des syndicats de branche complices, en complète
contradiction avec les positions de leurs centrales, est d’autre part marqué par une contradiction essentielle. En
effet, comment parler d’activité partielle de longue durée sur deux ans pour des salarié-e-s intérimaires qui sont
censés être détachés en mission dans des entreprises utilisatrices au maximum 18 mois pour :
– Remplacer un salarié présent dans l’entreprise, mais absent temporairement de son poste de travail ;
– Dans le cas d’un accroissement temporaire d’activité (par exemple un rattrapage de retard, une surcharge de
travail ou bien un afflux de commandes) ;
– Dans le cadre d’un emploi saisonnier pour des activités dont les variations sont régulières, prévisibles, cycliques,
et indépendantes de la volonté des employeurs ou des salariés.
– Dans le cas où la personne embauchée bénéficie d’une formation professionnelle.
S’il était homologué par les services du ministère du Travail, cet accord APLD, aux contours aussi larges que
vagues, favoriserait le recours abusif et illégal à l’intérim, déjà prégnant dans de nombreux secteurs d’activité,
accélérerait la précarisation de l’emploi tout en étant financé par de l’argent public. Ni l’État ni l’Unedic n’ont pour
vocation de subventionner les intérêts des actionnaires des entreprises de travail temporaire, encore moins le
recours illégal à l’intérim.
Pour cela, la CGT Intérim dénonce avec force cet accord de branche dont les motivations ne sont
certainement pas de sauvegarder les compétences et les emplois des salarié-e-s intérimaires, mais bien
d’enrichir une nouvelle fois le patronat et les actionnaires des entreprises de travail temporaire aux
dépens de l’intérêt public.
La CGT Intérim demande :
– Le refus d’homologation par les services du ministère du Travail de cet accord de branche APLD ;
– L’arrêt et la condamnation du recours abusif et illégal de l’intérim dans de nombreux secteurs
d’activités ;
– L’embauche obligatoire en CDI des salarié-e-s intérimaires en mission depuis plus de six mois dans les
entreprises utilisatrices ;
– L’abrogation de la réforme de l’assurance chômage et le retour de l’annexe IV afin de mieux indemniser
les salarié-e-s intérimaires pendant les périodes d’intermission.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *